Intelligence artificielle : le CNRS en action !

Dans un contexte de compétition scientifique et technologique mondiale de plus en plus intense, l’intelligence artificielle (IA) s’impose comme un enjeu stratégique majeur. Acteur central de la recherche française et européenne, le CNRS est pleinement mobilisé pour accompagner le développement de ces technologies, tout en contribuant à leur encadrement scientifique, éthique et sociétal.

Bien plus qu’un champ de recherche à part entière, l’IA constitue aujourd’hui un levier transversal au service de la connaissance, de l’innovation et du progrès durable. Elle transforme en profondeur les pratiques scientifiques, de la collecte des données à leur analyse, en passant par la modélisation de phénomènes complexes. Face aux investissements massifs engagés notamment aux États-Unis et en Chine, le CNRS défend une approche européenne singulière : celle d’une intelligence artificielle de confiance, frugale, explicable et alignée avec les valeurs humanistes et démocratiques.

Un programme structurant : le PEPR IA

Dans le cadre du plan France 2030, le Programme et équipement prioritaire de recherche (PEPR) IA, a été lancé en mars 2024. Co-piloté par le CEA, le CNRS et l’Inria, Il vise à faire de la France un acteur majeur dans le cœur de la discipline IA, en soutenant la recherche et l’innovation tout en prenant en compte les enjeux éthiques et sociétaux permettant de renforcer la souveraineté technologique française. Doté de 73 millions d’euros sur six ans, ce programme vise à faire émerger des technologies d’IA de rupture, fondées sur des principes de robustesse, d’explicabilité, de sobriété et de respect de la vie privée. Pour Jamal ATIF, directeur du PEPR IA pour le CNRS, l’IA constitue une « technologie d’usage général » comparable à l’électricité ou à l’imprimerie, dont l’Europe doit proposer un modèle responsable, centré sur l’humain et l’intérêt général.

Le PEPR IA représente aujourd’hui neuf projets structurants financés, près de 200 chercheurs et chercheuses impliqués, ainsi que 65 doctorantes et doctorants formés, 32 post-doctorantes, post-doctorants, ingénieures et ingénieurs recrutés, auxquels s’ajoutent désormais les projets IA&Maths récemment sélectionnés.

IA et sciences

L’engagement du CNRS en intelligence artificielle s’inscrit dans une dynamique de long terme, fortement accélérée ces dernières années afin de favoriser les interactions entre l’IA et l’ensemble des disciplines scientifiques. Dès 2021, l’organisme s’est doté d’un centre interdisciplinaire dédié : AI for Science – Science for AI (AISSAI). Sa vocation est double : utiliser l’IA comme accélérateur de découvertes scientifiques et, en retour, nourrir ses développements théoriques et méthodologiques à partir des besoins, des contraintes et des savoirs issus des autres champs de recherche.

Le centre AISSAI s’appuie sur un comité de pilotage pluridisciplinaire réunissant l’ensemble des instituts du CNRS, un conseil scientifique international et de nombreux partenariats structurants. Il collabore notamment avec les neuf clusters français en IA, le G6 européen de la recherche, ainsi qu’avec des institutions académiques internationales telles qu’IVADO au Québec ou l’Université de Chicago. Depuis 2025, la Fondation CNRS bénéficie par ailleurs d’un soutien pluriannuel de Google.org destiné au développement de l’IA pour la Science dans le cadre du centre AISSAI. Ce soutien a permis de financer plus de dix projets de recherche dont plusieurs post-doctorats longs pluridisciplinaires menés au sein du CNRS. Une journée de lancement de ces travaux, organisée en novembre dernier au siège du CNRS, a mis en lumière des projets à l’interface entre l’IA et de nombreux champs scientifiques : biologie, physique, chimie, ingénierie, sciences de l’Univers, écologie et environnement.

Des moyens mutualisés au service de la communauté scientifique

Conscients du caractère déterminant du calcul en IA, le CNRS et ses partenaires ont mené une action

volontariste pour doter la France d’une infrastructure de calcul dédiée à l’IA. Le supercalculateur Jean Zay, opéré par le CNRS, est installé au centre de calcul IDRIS du CNRS. Parmi les plus puissants en Europe, il a été porté à 126 pétaflops en Janvier 2025 dont une part significative est dédiée aux besoins de calcul en IA. Il a notamment été utilisé pour permettre l’entraînement de BLOOM, plus grand modèle de langage multilingue ouvert disponible à ce jour.

Adossé au supercalculateur Jean Zay, un réseau d’ingénieures et ingénieurs intervenant à l’échelle nationale a été bâti par le CNRS. Ce réseau est chargé de centraliser, développer et mettre à disposition des ressources structurantes : des jeux de données scientifiques, des modèles IA, des bibliothèques spécialisées. Il accompagne les équipes de recherche sur le supercalculateur et soutient des projets de recherche interdisciplinaires dans l’appropriation et l’utilisation des technologies d’IA.

Innovation, formation et applications

Au-delà de la recherche fondamentale, l’IA irrigue une grande part de l’innovation issue des laboratoires du CNRS, à travers la création de startups, de laboratoires communs avec les entreprises et des actions de formation et de diffusion des connaissances.

De la génomique à l’épidémiologie, ces travaux illustrent l’énorme potentiel de l’IA pour mieux comprendre le vivant et accompagner les grandes transitions. Par son action, le CNRS affirme une ambition claire : développer une intelligence artificielle d’excellence, structurée et expliquée, responsable et partagée, au service de la société.

Pour en savoir plus :

https://www.pepr-ia.fr

https://aissai.cnrs.fr

S. DENIS

© La Gazette du Laboratoire

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