Le Service commun des laboratoires – DGCCRF, DGDDI, DGAL – Des scientifiques en première ligne pour protéger les consommateurs

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À la croisée des chemins entre science, réglementation et action publique, le Service commun des laboratoires (SCL) traque la fraude, sécurise nos assiettes et nos achats, et prépare déjà les défis analytiques de demain. Laboratoire d’État des ministères de l’Économie et des Finances, il appuie au quotidien les Douanes (DGDDI), la Répression des fraudes (DGCCRF) et la Direction générale de l’Alimentation (DGAL). Rencontre avec Frédéric SALTRON, adjoint au chef de service et responsable du pilotage scientifique des 11 laboratoires du SCL.

Le SCL célèbre dans quelques jours ses 20 ans. Quelques mots sur sa genèse ?

Le SCL est né en 2006 de la fusion des laboratoires des Douanes et de la Répression des fraudes, mais son histoire remonte à la fin du XIXᵉ siècle. Dès l’apparition des premières réglementations sur l’alimentation et la protection des consommateurs, l’État a compris qu’il lui fallait un appui scientifique pour objectiver les contrôles. Le sucre, le lait et le vin ont ainsi très tôt fait l’objet d’analyses de composition.

Depuis, les champs d’expertise des laboratoires d’État et leurs outils n’ont cessé de se développer pour répondre à une diversité et un volume de demandes toujours plus importants. Un volume qui représente aujourd’hui à l’échelle nationale près de 60 000 rapports pour un demi‑million d’analyses par an.

Comment s’organise aujourd’hui le SCL sur le territoire ?

Le SCL constitue un réseau de 11 laboratoires rattachés au ministère de l’Économie et des Finances : neuf en métropole – Bordeaux, Le Havre, Lille, Lyon, Montpellier, Marseille, Massy, Rennes, Strasbourg – et deux en outre-mer, aux Antilles et à La Réunion, ainsi qu’une unité de direction à Paris. Près de 400 agents, dont de nombreux chimistes, biologistes et physiciens, y travaillent.

Quelles sont aujourd’hui les missions principales du SCL ?

Nous travaillons pour trois grands mandants : la DGDDI, la DGCCRF et la DGAL. Nos missions s’articulent autour de quatre axes : analyser, développer, appuyer et coopérer. Concrètement, nos laboratoires vérifient la conformité des produits, luttent contre les fraudes économiques (étiquetages, additifs non déclarés, contrefaçons), garantissent la sécurité alimentaire et non alimentaire, et participent à la lutte contre les stupéfiants et nouvelles drogues. Nous développons en permanence de nouvelles méthodes analytiques pour répondre aux besoins émergents et apportons un appui technique et scientifique aux administrations.

Entre contrôles planifiés et gestion de crises, comment s’articulent vos actions ?

Une grande partie du travail est anticipée dans le cadre de contrôles ciblés (commerce électronique, jouets, pesticides, additifs alimentaires) ou de plans de surveillance européens. Mais l’urgence fait aussi partie du quotidien.

C’est ainsi qu’une intervention douanière a permis de mettre à jour un nouveau pré-précurseur d’amphétamines, et que nous avons développé une méthode pour détecter l’adultération du blanc d’œuf industriel, ou encore que nous avons expliqué des tests positifs à la morphine chez des conducteurs de train – consommateurs de petits pains dont les graines de pavot étaient insuffisamment traitées.

L’affaire des pizzas contaminées aux Shiga-toxines entérohémorragiques, il y a quelques années, illustre également ces situations critiques : les laboratoires ont confirmé la présence des toxines dans un contexte d’alerte sanitaire majeure. Dans ces cas, il faut répondre vite, avec une fiabilité absolue.

Quelles sont les disciplines développées par votre réseau ?

L’organisation repose sur une forte spécialisation autour de 29 domaines d’expertise – de l’alimentation animale aux produits de la mer, en passant par les jouets, les cosmétiques et les stupéfiants – ce qui est unique en France. Tous les sites travaillent sous accréditation COFRAC ISO 17025 dans le cadre d’une accréditation multisite, garantissant l’harmonisation et la fiabilité des résultats.

Qu’en est-il des techniques analytiques utilisées au SCL ?

Notre boite à outils est extrêmement large, des caractérisations physico-chimiques classiques, jusqu’aux essais mécaniques et techniques analytiques de pointe. La chromatographie occupe une place centrale pour la détection de contaminants à l’état de traces et d’ultra-traces, notamment couplée à la spectrométrie de masse. Nous comptons aussi parmi les rares laboratoires à être doté de quatre plateformes de spectrométrie de masse haute résolution.

Parmi les autres technologies utilisées, figurent la RMN pour l’élucidation structurale, les techniques ADN dont le séquençage à haut débit pour l’identification des espèces et des OGM, la microbiologie pour la détection de pathogènes, la fluorescence X pour les métaux ou encore des tests physiques normalisés pour le contrôle des jouets.

Le SCL est aussi impliqué dans les problématiques émergentes, comme les PFAS…

Les PFAS constituent un sujet majeur. Ils font l’objet d’un plan interministériel, et le SCL a été chargé de développer des méthodes d’analyse pour les produits non alimentaires (textiles, cosmétiques, jouets…). Une plateforme dédiée a été créée, avec de nouveaux équipements et des recrutements spécialisés. Autre front stratégique : le commerce électronique, afin d’identifier et d’analyser les produits non conformes ou dangereux.

Qu’en est-il de l’intelligence artificielle ?

L’IA est un axe stratégique. Elle peut améliorer la productivité et la performance scientifique, par exemple pour la reconnaissance automatisée des pollens dans le miel ou le traitement des signaux chromatographiques. Des travaux ont déjà débuté, notamment dans le domaine du tabac pour rapprocher des saisies de cigarettes de contrefaçon.

Quelques mots sur le rôle du SCL au niveau européen ?

Le SCL détient 18 mandats de Laboratoire national de référence, notamment dans le domaine des OGM et des additifs. Nous travaillons étroitement avec le Joint Research Center de la Commission européenne, le réseau européen des laboratoires douaniers et participons à des exercices du réseau national des laboratoires Biotox-Piratox-Piratome.

Enfin, comment recrute le SCL ?

Principalement par concours de la fonction publique, mais aussi via des contrats à durée déterminée pour des expertises spécifiques. Les profils recherchés vont de bac +3 à bac +5 : chimistes, biologistes, physiciens.

Pour en savoir plus :

LABO-DIRECTION@scl.finances.gouv.fr

S. DENIS

© La Gazette du Laboratoire

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