
Avec Les Noces cellulaires – Éditions Il Est Midi, Tatiana Kačan publie son premier recueil de poèmes scientifiques. Un ouvrage singulier, à la croisée de la biologie, de la culture et de la création, où mitochondries, gènes et signaux cellulaires deviennent métaphores du vivant.
Biologiste moléculaire de formation, communicante scientifique et fondatrice de Cortex, Tatiana œuvre ainsi à rapprocher recherche, innovation et société, tout en défendant une science plus accessible et plus inclusive. Entretien…
Votre parcours académique a-t-il été catalyseur de cette double vocation ?
Tout à fait. J’ai suivi deux masters axés recherche : l’un en biologie cellulaire et moléculaire du micro-environnement à CY Cergy Paris Université, l’autre en systématique et évolution, spécialisé en entomologie légale, au Muséum national d’Histoire naturelle. Cette formation m’a transmis l’exigence scientifique et une compréhension fine du vivant. C’est ce socle qui me permet aujourd’hui de traduire la science sans la dénaturer, dans la vulgarisation comme dans le conseil et l’écriture.
Vous vous êtes lancée dans l’aventure Cortex en pleine pandémie Covid-19. Dites-nous en plus…
Durant la crise sanitaire, la science était omniprésente dans les médias, mais souvent mal comprise. Avec l’association Cortex_Sciences, des scientifiques, des journalistes et des professionnels du multimédia du monde entier se sont réunis pour rendre la recherche plus lisible. Très vite, les demandes ont afflué, y compris d’entreprises et d’institutions. Un besoin évident s’est alors imposé : créer des ponts durables entre recherche, entreprise et société. C’est dans ce contexte que Cortex s’est structurée en société.
Quelles sont les missions de Cortex aujourd’hui ?
Nous accompagnons entreprises, laboratoires, universités et acteurs culturels autour de quatre axes majeurs :
– Vulgarisation scientifique, avec la création de podcasts, articles, vidéos, bandes dessinées, expositions, livres blancs ou ouvrages grand public…
– Formation, notamment à l’entrepreneuriat pour les jeunes chercheurs et à la vulgarisation scientifique via des dispositifs déjà déployés dans plusieurs écoles doctorales et des programmes comme Pépite. Nous construisons également des modules sur mesure adaptés aux besoins d’une équipe ou d’un projet.
– Ateliers et événements, conçus à façon autour de thématiques telles que l’IA, le climat, la biodiversité ou l’innovation. Nous disposons par ailleurs d’un catalogue d’ateliers pratiques.
– Conseil et stratégie, avec des audits de valorisation, analyse des forces d’un projet et construction de plans d’action adaptés.
Quelques exemples de projets emblématiques ?
Nous avons par exemple accompagné L’Oréal sur un projet ciblant l’intégration de l’intelligence artificielle en R&D. Nous avons réalisé un audit, conçu un module pédagogique, animé un atelier collaboratif et produit des supports communs. L’enjeu était d’harmoniser les connaissances et de fluidifier le dialogue entre chercheurs, ingénieurs et non scientifiques.
Pour UNYS, qui réunit les acteurs de la recherche publique et de l’innovation en Lorraine, nous avons valorisé des projets européens via articles, podcasts et une bande dessinée. Avec le CNRS, l’Inserm, INRAE ou Inria, nous aidons aussi les équipes à vulgariser des résultats, préparer des livres blancs ou rendre leurs travaux compréhensibles à des partenaires non scientifiques. Autre projet phare : Entrôpy, une plateforme de financement participatif dédiée à la recherche, que nous développons afin de rapprocher citoyens et science.
La place des femmes en science est aussi très présente dans vos projets.
Oui, notamment avec la bande dessinée L’Écho des savantes, consacrée à des pionnières comme Margarita SALAS, Emmy NOETHER ou Barbara McCLINTOCK. Les femmes restent sous-représentées aux échelons supérieurs de la recherche : en France, elles ne représentent qu’environ 30 % des chercheurs. À travers cette BD et les actions de Cortex, nous cherchons à rendre visibles celles qui ont été effacées et à proposer des modèles inspirants pour les nouvelles générations.
Cette démarche se prolonge-t-elle dans votre premier recueil de poèmes, Les Noces cellulaires ?
D’une autre manière. Ce recueil est né d’un désir de renouer avec la dimension sensible de la biologie. Les mitochondries deviennent des « fours intérieurs », les signaux des « murmures chimiques ». Ces métaphores ouvrent la voie de l’émotion sans perdre la justesse scientifique.
Vos prochains projets ?
De nouveaux projets d’écriture – BD scientifiques, essai dystopique, livre jeunesse – et le développement d’Entrôpy. La suite se construit toujours à l’intersection de la science, de la culture et de l’entrepreneuriat, avec une ambition intacte : donner du sens, de la visibilité et de l’impact aux connaissances scientifiques, de la recherche à l’innovation.
Pour en savoir plus : tatiana.grouin@le-cortex.com www.le-cortex.com
Source : S. DENIS – ©La Gazette du Laboratoire
