L’Académie des sciences lance un cri d’alarme : « On sacrifie l’avenir scientifique français »

Le ton est mesuré, mais l’inquiétude est immense. Derrière les mots de l’astrophysicienne Françoise Combes, présidente de l’Académie des Sciences, c’est toute une communauté scientifique qui refuse aujourd’hui de voir la recherche française s’enfoncer dans une crise silencieuse.

Face aux nouvelles coupes budgétaires imposées au CNRS et aux organismes publics, l’Académie des sciences dénonce une situation devenue critique. Laboratoires fragilisés, projets abandonnés, collaborations internationales stoppées, jeunes chercheurs découragés : pour de nombreux scientifiques, la France est en train de compromettre sa capacité d’innovation et sa souveraineté scientifique.

Figure majeure de la recherche mondiale, Françoise Combes rappelle pourtant que la science française reste une référence internationale. Professeure au Collège de France, médaille d’or du CNRS en 2020, spécialiste reconnue de la dynamique des galaxies et de la matière noire, elle défend depuis toujours une vision exigeante de la recherche : indépendante, ambitieuse et tournée vers le long terme.

Mais aujourd’hui, cette ambition semble vaciller.

« Le CNRS a donné des crédits aux laboratoires… puis quelques semaines plus tard, il leur a demandé de rendre l’argent. C’était totalement inédit », explique-t-elle. Derrière cette décision, c’est tout un système qui arrive à bout de souffle. Les réserves financières des organismes publics sont quasiment épuisées, tandis que les nouvelles charges imposées à la recherche aggravent encore la situation.

Dans les laboratoires, les conséquences sont déjà concrètes. Des chercheurs passent des mois à monter des dossiers pour l’ANR est menacé de chute sous les 10 % de chances d’obtenir un financement. Des projets stratégiques disparaissent faute de moyens. Même certaines coopérations internationales majeures, comme le programme spatial C²OMODO mené avec la NASA et la JAXA pour étudier les orages extrêmes liés au changement climatique, sont aujourd’hui menacées d’arrêt.

Pendant ce temps, le décrochage scientifique français s’accélère. En quinze ans, la France est passée du 6e au 13e rang mondial en nombre de publications scientifiques, dépassée par plusieurs pays qui ont fait de la recherche une priorité stratégique. L’Allemagne investit plus de 3 % de son PIB dans la recherche, la Corée du Sud plus de 5 %, tandis que la France reste bloquée autour de 2 %, avec un PIB en baisse relative.

Pour l’Académie des Sciences, ce choix politique est lourd de conséquences. Car derrière chaque découverte majeure se cachent souvent des décennies de recherche fondamentale. Les vaccins à ARN messager, l’intelligence artificielle, les lasers, le GPS ou encore l’informatique quantique sont nés de travaux scientifiques qui, à l’époque, semblaient parfois éloignés de toute application immédiate. Couper aujourd’hui dans ces budgets, c’est affaiblir les innovations, les industries et les avancées médicales de demain.

Malgré cette situation, les chercheurs continuent de se battre. Par passion, par conviction, mais aussi parce qu’ils considèrent encore la science comme un bien commun essentiel.

Le message adressé aux responsables politiques est désormais sans détour : sacrifier la recherche fondamentale, c’est prendre le risque d’un déclassement durable de la France dans un monde où la maîtrise scientifique conditionne l’économie, la santé, l’énergie et l’indépendance technologique des nations.

Pour en savoir plus : https://www.academie-sciences.fr

Estelle BOUILLARD

Source : ©La Gazette du LABORATOIRE

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